Au troisième jour , "Dieu " créa les herbes et les arbres .
La terre se couvrit de verdure .
Il donna leurs semences et leurs fruits à l'homme et à la bête .
Ayant planté un jardin à l'orient , il fit germer en son milieu l'Arbre de vie .
Et le serpent tenta la femme .....
Qu'est-il au monde de plus universel que l'arbre ? sinon l'eau et l'air , auxquels personne ne vient même à songer tant on boit et tant on respire !
L'arbre est un vieux décor qu'on ne remarque plus .
Comme la statue du square d'à côté nous voit trotter à nos affaires , la tête ailleurs .
Qui s'apercevrait seulement qu'elle a quitté son piédestal ?
Et puis un beau matin , unelumière , une odeur , un faux pas , un petit événement les sortent de l'anonymat .
Telles ces choses familières que nos yeux ont usées , qu'on redécouvre , comme si , soudainement , elles avaient retrouvé l'éclat du passé .
Alors , l'arbre verdoie , la statue se redresse .

Au bord des promenades , le chien aboie , la vache meugle , l'oiseau s'envole .
L'arbre ne quête rien .
Ni regard ni caresse.
Il n'a pas d'yeux pour accrocher les nôtres .
Immobile , sourd , aveugle , l'arbre est ailleurs .
Entre deux mondes , brassant l'air et remuant la terre .
Entre morts et vivants .

Et qui pourrait bien prétendre affirmer lesquelles , des branches ou des racines , arriment mieux son fût ?
Cette colonne jetant un pont entre l'obscur et la clarté .

En vérité , l'arbre , de tous ses enchevêtrements , retient à la fois la terre et le ciel.
Et se gorgeant de l'une , il souffle à l'autre sa précieuse haleine .
Du haut de l'arbre , quatre cents millions d'années nous regardent .
L'histoire d'un règne inconcevable que n'égalera jamais l'humanité .
Où les fougères ont purifié un ciel irrespirable .
Ainsi l'homme doit-il la vie à ces débauches arborescentes.

Les Anciens se souciaient peu de paléontologie !
Ils vénéraient pourtant les plus beaux arbres .
Comme aux temples , ils priaient aux bois sacrés .
Aujourd'hui , qui sait tout , ne sait plus que l'homme est né sous l'arbre .
Tel un fruit tombé.

Que de tous les jardins , c'est l'herbe la plus folle .
L'homme , dont la besogne a tout asservi .
Et , comme il a fait du cheval la fleur de ses conquêtes , il a fait de l'arbre le plus noble de ses matériaux .
Or le monde , comme Samson , tire sa force de ses cheveux qui ondulent par-dessus les bois .
Et sa beauté .
Quelle Vénus irait sans chevelure ?

Où donc le vent irait-il dire que la vie est belle parce que la terre est verte ?
Comme ses forêts et ses océans ....