C'est vers la mi-août que les étoiles filantes sont les plus nombreuses .
Combien de fois en ai-je observé la traîne lumineuse , allongé sur le dos , en compagnie d'un être cher avec qui il était de coutume de faire un voeu !
Touchante conviction d'une dérisoire petitesse qu'il convient de conjurer , ou sentiment inconscient d'appartenir au même univers ?
Les deux sans doute , qui se traduisent par cette obligation de faire un voeu , comme si le pouvoir des étoiles qui meurent à des millions d'années -lumière atteignait la terre et ses habitants .
J'ai fait des voeux ,quelques uns se sont réalisés .

C'est dire si , aujourd'hui encore , je guette les gerbes de lumière dans le ciel du mois d'août , persuadée que je suis , mais pour d'autres raisons évidemment , que se côtoient en nous l'infiniment grand et l'infiniment petit .
Ne serait-ce que dans nos cellules , nos neurones d'une extrême complexité .
Qui sait si , en vieillissant , ils ne meurent pas dans notre corps ou dans notre cerveau à la manière des étoiles filantes dans le ciel ?
L'étoile dont j'ai fait d'abord connaissance est Vénus , l'etoile du Berger , qui est la première à s'allumer à la tombée de la nuit et la dernière à s'éteindre le matin .
Mon pépé Jules me l'a montrée un jour où , sortant de la maison , nous faisions notre petit tour dans son jardin .
"Celles qui a guidé les Mages " , m'a-t-il dit .

Je ne l'ai pas oubliée , pas plus que les constellations de la Grande Ourse et de la Petite ourse qui ressemblent à des chariots .
J'ai longtemps pensé qu'ils servaient au Père Noël à transporter ses jouets depuis le Pôle Nord vers la Terre -l'étoile à l'ectrémité de la queue de la Petite Ourse étant l'étoile polaire !
Aujourd'hui que le Père Noël s'est éloigné de moi , ces chariots ne me paraissent pas pour autant inutiles.
Ils transportent des messages que plus personne ne lit , mais où , pourtant , j'aime à penser qu'y figurent les clefs du grand secret .
Plus tard j'ai essayé de reconnaître les étoiles dans les constellations :Arcturus , Rigel , Véga , d'autres encore dont le nom évoque pour moi l'immensité de l'univers : Bételgeuse , Achernar , Aldébaran , Antarès , Sirius que je cherche en me disant que six mille d'entre elles seulement sont visibles à l'oeil nu , alors qu'il en existe plus de deux cents milliards .
De même , les constellations : les gémeaux , le Bélier , le Taureau , le Bouvier , le Cheval , que je n'ai pas su distinguer dans les hiéroglyphes de la voûte céleste , et qui , chaque fois , m'attirent , m'appellent , comme si là-haut , très loin, se situait ma véritable maison .
Il faut bien avouer , cependant , qu'elles ont perdu un peu de leur mystère depuis que l'homme a posé le pied sur la lune.
Je m'en console en me disant que nombreuses sont celles que nous ne verrons jamais depuis la Terre , et encore plus nombreuses ,sans doute , celles que nous n'imaginerons jamais .

Sauf , peut-être , après notre mort , quand notre esprit voyageant à la vitesse de la lumière s'en ira là où il est attendu , c'est-à-dire à l'endroit d'où il vient .
Les hommes ont besoin de ce genre de consolation.
Dérisoires , je le sais , comme leur vie.
Mais j'ai la sensation parfois , en juin , en voyageant par le regard , là-haut , dans le ciel , que la vérité est encore plus belle que tout ce que les hommes , depuis le début des temps , ont été capables de concevoir ....