Ce sont des lieux de paix , des lieux secrets et enchantés .
Il en existe encore , dans nos villages ,qui témoignent d'une économie familière, laborieuse , car ils aident à vivre ceux dont les ressources ne sont pas suffisantes.
C'était aussi le cas ,autrefois ; chaque famille ou presque avait le sien.
Ils étaient souvent enclos d'une palissade en clairevoie , aux piquets de bois reliés par du fil de fer , et d'un portail que l'on attachait au moyen d'un boucle à un poteau de chataignier .
Des haies vives les bordaient , pleines de nids d'oiseaux , que les épouvantails n'effrayaient guère.
J' y allais avec "pépé Jules " comme l'on se rend à une fête .

Et pourtant le travail n'était pas facile , dans les rangs de pomme de terre d'où surgissaient les doryphores , des petits pois ou des haricots verts dont le ramassage durait des jours - plutôt des soirées entières!
C'était surtout en fin d'après-midi que l'on allait au jardin , passé la plus grosse chaleur, dans l'ombre naissante des arbres fruitiers - cerisiers ou pruniers envahis de guêpes-, dans l'odeur puissante des fruits chauds , des legumes gorgés de soleil.

Tomates et salades complétaient les carrés soigneusement entretenus ;
Quelques rangs de fraises , de radis ,ou de melons délimitaient l'ensemble qu'il fallait arroser patiemment , à la saison chaude, depuis deux grandes lessiveuses qui avaient recueilli l'eau du ciel , pépé Jules avec son arrosoir dont la paume fuyait et moi, mon petit arrosoir en plastique jaune ...

Le soleil déclinait , allongeant les ombres.
Une odeur de terre humide montait , rafraîchissait l'air , en exaspérait les parfums des légumes et des fruits .
Je rentrais , le panier plein de ce trésor , laissant mon grand-père s'attarder au jardin , biner les rangs pour les aérer , les préparer a l'eau.
Ces jardins existent toujours ; j'affectionne particulièrement celui de "mémé giulia" ( mon ex belle-maman ) surtout l'été , pour redécouvrir la patience économe de ceux que les légumes rassurent , les odeurs de terre arrosée, les paniers pleins de tomates bien rouges , de courgettes et d'aubergines luisantes , les outils bien rangés dans la cabane au toit de tôle .

Ils témoignent encore , et j'espère pour longtemps , de cette civilisation de la patience et de la parcimonie , de gestes nécessaires mais heureux , du plaisir de voir surgir les fruits et les legumes d'un travail séculaire , de l'ombre fraîche , des paniers d'osier , de la paix des soirs .
je ne cultive pas de jardin , quelque fois je le regrette ; peut-être à la retraite!
Je m'arrête volontiers dans le paradis vert de "mémé Giulia" à chacune de mes visites ...Après avoir fait avec elle le tour de toutes les rangées de ses trésors , je m'assois sur la vieille chaise dépaillée , à l'ombre du vieux figuier et de la cabane, pour respirer le parfum des feuilles et des fruits , et je ferme les yeux en songeant à celui qui, lorsque j'etais enfant , après une journée de travail à l'usine , partait au jardin afin d'offrir à sa petite fille le soir venue une bonne "soupette " faite avec les legumes de son jardin ...

J'aimerais avoir le temps de m'en occuper ...
J'envie ces magiciens aux doigts verts qui savent à quel moment de l'année il faut planter , semer , récolter.
Quelques fleurs viennent toujours egayer les allées ..c'était le rôle de "mémé Louise "..
Cette sagesse prudente et économe me rassure , de même que ces mains calleuses ,aux ongles souvent noircis par la terre et qui savent tenir des outils .
Leurs manches lisses ,que je ne manque pas de saisir dans la cabane , me renvoient aux miens et me donnent la dimension de ce qui , hélas , me sépare d'eux ...
Le besoin de revenir vers eux me console , dans l'ombre verte , du chemin que j'ai pris , comme beaucoup : celui des villes où la vie ne peut plus s'attarder sur ces îlots paisibles.

Loin d'eux , pourtant , chaque fois que je mange des légumes , je pense au panier d'osier , à la bêche , a la binette, , à l'arrosoir percé , à celui qui se relevait en portant les mains sur ses reins , m'offrant la première fraise , à l'éclat magnifique et plein d'amour de ses yeux , à mon grand-père ,quand il était heureux ...
Louise , Jules ,vous me manquez.....tellement ...
Et puis , pour une merveilleuse promenade virtuelle , faites un tour dans le jardin de Renée , la fée aux doigts verts :