Je connais les arbres , et je les aime ....à la folie!
Je vous parlerez de ceux que je rencontre au détour de mes ballades sur les sentiers .
Du plus loin que je me souvienne , ils sont présents dans ma vie .D'abord des cours de l 'école ,au vieux lycée de Pamiers ,surgissent les marroniers , dont les feuilles servaient de modèle aux premiers dessins de l'année .

Feuilles aux fines nervures , d'un vert profond , dont le pétiole , si on l'écrasait , laissait sur la peau un parfum persistant , un peu amer .
Les marrons ,d'un lisse de galet , luisaient avec une légèreté surprenante , et servaient parfois de projectiles , sans le moindre danger.Ils ont gardé leur mélancolie, celle de l'automne débutant , de la fin des vacances , des premières feuilles qui tombent .
J'aime aussi beaucoup les tilleuls, pour leurs feuilles d'un jaune pâle , leur parfum très doux quand elles sèchent au soleil , le murmure des abeilles dans les plus hautes branches , le goût des tisanes du soir ...

Ma grand mère gardait les feuilles précieuses dans le grenier dont les étés exaspéraient l'odeur , dans la poussière et les mouches mortes au rebord des fenêtres , les vieilles poupées sans bras ou sans jambes , le vieux landau privé de ses roues .
Plus grand monde aujourdhui ne récolte les feuilles ; le nez dans l'arbre , en respirant le parfum douceâtre dont les vagues emportent vers des ombres paisibles ,comme ce vieux tilleul rencontré au détour d'un chemin (sentier cathare - Foix -Roquefixade ) , à jamais délivrées de la souffrance de vivre .
Les grands chênes , eux , règnent sur tous les autres arbres .
Opulents , magnifiques , ils portent des couronnes immenses dont les glands émergent comme des joyaux d'or .
On ne peut faire le tour de leur tronc avec les bras .Ils dominent les prés , les champs avec la conscience de leur force , et , du haut de leurs certitudes , ils nous jugent , pauvres hommes dont la petitesse est touchante en comparaison de leur grandeur sereine .

Les plus beaux sont solitaires .Ils ont écarté tout ce qui pourrait nuire à leur splendeur .Ils sont orgueilleux , mais ils ont raison de l'être : ils ont défié le temps mieux que les hommes et ils ne croient pas à la mort .
Ils croient à la pluie , au printemps , au soleil , aux étoiles .
Ils savent que c'est dans la patience , dans la lenteur et non dans l'agitation qu'on vit le mieux. Il est rare que la foudre les frappe .....
Pas plus que les hêtres qui sont leurs demi-frères , presque aussi puissants ,aussi majestueux qu'eux .

Leurs fûts , très droits ,s'élèvent sans branches , donnant un aspect de colonne grisâtre qui soutient un feuillage épais diffusant une ombre froide .
Leurs faines attirent les écureuils , c'est âcre , un peu amer , délicieux (j'en ai goûté !!)Leur bois , légèrement rosé , porte des feuilles épaisses qui virent rapidement a l'automne au brun cuivré .
Ils sont les premiers a l'annoncer .Ce sont des arbres pour la mélancolie .Ils ne sont forts qu'en apparence , ne sont heureux que du souvenir de leur bonheur : celui de leur splendeur d'été ...
plus fragiles que ces deux princes des bois sont les frênes ;S'ils dépassent souvent les chênes ou les hêtres , ils ne sont jamais aussi touffus , aussi robustes .

Le frêne est fragile ,comme un adolescent trop vite grandi !
Il n'est pas assuré sur ses jambes ,et son bois ,s'il est d'aspect compact , ne résiste pas longtemps à la scie .S'il s'épaissit , son tronc se crevasse , laisse pénétrer les parasites qui le tueront .
C'est un arbre qui ne croit pas à sa force .Ses feuilles laissent passer le vent , ne se battent jamais contre lui .
Rien n'est plus émouvant , au détour du chemin , que les chandelles vertes des peupliers d'Italie , le long d'une route , escortant un ruisseau , un fossé ,signalant la présence d'une ferme isolée .

Ils évoquent la vie simple et douce ; leur nom vient du fait que leurs feuilles s'agitent même en l'abscence de vent.Ils disent la vie en plein coeur de l'hiver , par quelques feuilles jaune citron accrochées à leurs plus hautes branches .
Ils murmurent sans cesse une chanson qui parle de caresses et de fragilité.
J'ai une vraie passion pour les bouleaux de Sibérie ,le blanc de leurs fûts , plus blanc que neige ,leurs petites feuilles tremblantes même en été .

J'en ai douze au fond de mon jardin ...je les aperçois de mon canapé et je voyage facilement !Ils m'évoquent les vastes espaces blancs , Boris Pasternak , Le Docteur jivago ,tolstoï , la retraite de Russie , le froid de l'hiver , tout ce qui dure , l'immensité de la vie ...
Enfin, dans mon coeur , sont ces trois chênes , vieux de 600 ans ,que j'ai rencontrés au cours d'une de mes promenades (chemin a La tour du Crieu , à Bonrepaux ) au milieu d'un pré ...Ils sont éternels ..et en témoignent dans une paix heureuse ? J'y amène parfois des amis ,pour qu'ils apposent leurs dos contre leurs troncs et y faire le plein d' énergie ..combien de fois , après avoir regagné la ville , ils m'en reparlent , éblouis , longtemps après ...

Que s'est il passé sous ces arbres ?
Qu'est ce qui se passe , là-haut , sous leurs ramures?
tout s'endort ...
Les feuilles ne bruissent pas .Ce sont des arbres qui respectent le silence et le nourrissent de leurs grandeurs .
Le temps s'arrête .
L'air épais cesse de couler .
Le ciel est toujours bleu .
Sous mes arbres de l'éternité , il m'arrive de penser que je ne mourrai jamais ....