Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Pour le plaisir du coeur , de l'âme , des yeux...

Publicité

L'AUBE

J'aime la magie des aubes d'été , quand je découvre la lumière qui vient de naître et que chaque fois monte en moi l'impression que le monde est neuf , qu'il m'attend pour m'offrir ce qu'il possède de meilleur .

J'ouvre la baie vitrée  pour ressentir la caresse des premiers rayons du soleil , regarder au loin le ciel lavé par la nuit , sentir l'odeur  du café que l'on verse dans le bol , écouter les oiseaux s'émerveiller d'être en vie .

Les matins  de randonnée , je quitte mon village alors que la nuit rôde encore sur les maisons , je roule vers la montagne  en me hâtant afin d'arriver avant le jour complet .

Une fois à destination , je le devine à une pâleur qui l'annonce au-dessus des cîmes : une brèche dans la nuit .

Ce n'est pas l'aube , c'est l'aurore , l'instant magique .

La lèvre lumineuse du ciel  s'agrandit doucement, déborde jusqu'à faire pâlir l'ombre étendue sur les prés , les champs et le flanc de la montagne .

Dès qu'elle touche les petits torrents , l'eau se met à fumer , et , très vite , à pétiller .

La lumière grignote l'ombre .

L'aube est là .

 

 

 

De longues nappes de brume s'accrochent  aux pentes  puis montent lentement et se dissolvent enfin dans l'air qui resplendit dans un foyer d'argent .

Je m'assois alors sur un rocher au bord de la sente et contemple le monde né de cette aube si belle , où des éboulis de silence soulignent le murmure du ruisseau à côté .

J'attends , j'écoute .

Des chevaux hennissent dans le lointain , là-bas , derrière un rideau de sapins .

 

 

 

 

La lumière peu à peu , tourne de l'argent à l'or .

Des parfums de genêts  et d'humus circulent sous les branches .

Je regarde , j'accueille la vie en train de naître , incapable de me lever , de me soustraire à la beauté de la lumière , jusqu'à ce que le soleil chauffe trop.

Alors , seulement , je commence de marcher , puisque je suis venue pour ça!

 

Ce n'est plus l'aube , mais le matin .

Au-dessus de la cîme , la brèche par laquelle le jour est arrivé a saigné .

L'air se réchauffe rapidement .

Je me rafraichis au bord du petit torrent , la main gauche dans l'eau pour en éprouver la fraîcheur .

 

 

 

 

J'observe la surface liquide qui cascade entre les rochers , le ciel , les arbres  des rives où frissonnent les hêtres , je tente de me fondre dans le matin que la lumière neuve fait trembler comme un faon qui vient de naître .

Puis le soleil surgit de derrière le sommet et tout s'embrase : l'eau , les arbres , les rives et le ciel .

Je regagne mon sentier , je pense à l'ombre de la nuit , à ce moment où tout bascule dans une lumière fragile , comme tout a basculé le premier jour , sans que , peut-être , aucun être vivant n'y ait assisté .

c'est cette chance qui m'émeut , me pousse à quitter la douceur de mon lit , à partir dans la nuit pour voir poindre le jour , le nouveau jour qui m'est donné de vivre .

 

 

 

Peut-être un peu moins d'émotion dans les aubes d'hiver , malgré la qualité de l'air , ses éclats de vitre , sa fragile transparence.

Sans doute à cause du froid  , qui rend le monde moins hospitalier , parfois hostile .

L'aube d'automne met plus de temps à naître , à déborder des collines , et dont les couleurs sont moins vives.

Les aubes d'automne sont paresseuses .

Elles ne jaillissent pas mais prennent leur temps , s'installent à regret.

Lequel?

Sans doute celui d'avoir été plus belles , plus vives , plus espérées .

Il faut attendre le printemps pour qu'elles retrouvent plus de jeunesse.

C'est pourquoi elles rougissent en naissant , et galopent loin sans jamais se livrer vraiment .

 

 

 

 

Cela ne les inquiète pas .

Elles savent qu'en juin avec l'âge de raison , elles auront appris comment séduire les hommes .

"J'ai embrassé l'aube d'été . Rien ne bougeait encore au front des palais ." a écrit Rimbaud.

On ne saurait mieux dire .

Les palais de la lumière ne sont jamais aussi beaux qu'en cette saison-là , et il faut y pénétrer avec précaution , en silence , comme sous des voûtes  où se perpétue la présence divine.

 

 

 

Cette lumière -là  a quelque chose à voir avec l'éternel : elle vient de très loin et témoigne du premier jour après le big-bang .

Car rien ne l'a souillée , et rien ne la souillera tant qu'elle restera inaccessible aux hommes .

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
V
en te lisant....j'y étais !! fabuleux, ces matins de beautés, d'odeurs, et de sérénité !!
Répondre